Deuxgarconslamer

Jim Mack et Doyler Doyle ont 16 ans en 1915. Ils se sont connus à l’école primaire, à Dublin, et leurs pères se connaissent bien pour avoir fait la guerre des Boers en Afrique du Sud pour la Grande Bretagne. Arthur Mack, de retour en Irlande devenu veuf, élève ses deux fils dignement. On le découvre très engagé dans l’aide aux soldats irlandais mobilisés, toujours par la Couronne, dans la Première guerre mondiale et dont son fils aîné fait partie. Alors que Doyle a sombré dans l’alcoolisme, la déchéance et la misère. Alors qu’il a obtenu une bourse pour aller au collège, comme Jim, Doyler doit travailler pour survivre et aider sa famille. C’est un garçon intelligent, vif, aguerri, admiré par Jim, confiné par son père et la vielle tante Sawney entre l’épicerie familiale et le collège dirigé par des prêtres catholiques très rassurants… Jim se rapproche de Doyler méprisé par les autres garçons parce qu’il est sale, effronté, que son langage est celui des bas-fonds, mais Doyler est fier, bagarreur et parle couramment le gaélique qu’il a appris dans la famille de sa mère ce qui lui donne une forme de supériorité et le « classe » dans le mouvement indépendantiste qui gonfle à nouveau en Irlande. Doyler entraîne Jim, en marge de sa vie bien réglée dans un défi hors du commun : nager en mer tous les jours par tous les temps avec le but ultime : pouvoir planter le drapeau irlandais sur un ilot rocheux réputé difficile d’accès à Pâques. Ce défi les conduit à nouer une relation d’intense amitié qui ira très loin grâce à un troisième homme plus âgé, aristocrate de retour en Irlande après un emprisonnement pour homosexualité : Anthony MacMurrough qui va prendre une très grande place dans leur vie d’adolescents.

C’est un très grand roman que j’ai beaucoup aimé. Il est construit autour de deux thèmes habilement reliés : un intime, l’amitié et l’amour entre garçons traité de manière subtile et très pure et l’autre politique avec un regard très affuté et sans concession sur l’histoire de l’Irlande à laquelle ses trois garçons font participer le lecteur. James O’Neil, Irlandais, jeune auteur (il est né en 1962) a un style original, énigmatique, il faut se laisser porter par sa prose fascinante et pleine de surprises. Critiques élogieuses à la publication de cette œuvre.

Un court extrait :

« Il entendit le murmure de la pluie sur la mer : à travers des nuages gris perle, le soleil brillait toujours. Il regarda au loin l’anse de Sandycove, et la Tour Martello, au-dessus, sur sa modeste falaise ; les murs qui semblaient osciller, vaciller, dans la lumière. C’était une terre étrange, d’averses de soleil et de rayons de pluie ; et il était vrai que l’esprit de cette terre invitait à la liberté, une liberté singulière, à l’Irlandaise, dont on ne pouvait en vérité rien faire dans le monde. »

Présenté par Marie-Annick D.