Lepopeedubuveurdeau

Quelques années avant Le monde selon Garp, John Irving a écrit « L’épopée du buveur d’eau ». Même si mes souvenirs de « Garp » sont un peu lointains, il me semble que ce roman porte en lui les signes annonciateurs de Garp tant dans l’intrigue que dans la construction qui prévalent dans celui-ci.

On entre dans ce roman par une scène cocasse et hyper réaliste, sans doute inédite : le jeune Trumper consulte un urologue français de la côte est des USA pour un problème d’inflammation et d’infection répétées du canal urinaire qui lui est devenue très pénible. Le médecin lui propose trois solutions : ne plus avoir de relations sexuelles (« le vagin demeure la chose la plus sale du monde ») ; boire beaucoup (« la méthode aqueuse ») ou l’intervention chirurgicale (pour corriger un canal urinaire « étroit et sinueux »). Trumper choisit la méthode aqueuse (du moins dans un premier temps) qu’il explique à sa compagne Tulpen qui porte un prénom curieux, accidentel comme Trumper lui-même qui déjà avec ce nom évocateur (trompeur) est le plus souvent appelé par ses amis et compagnes Bogus (bidon) ou Boggle (pataugeur) ou enfin Thump-Thump (le lapin de Walt Disney) mais jamais Fred son véritable prénom.

Ce premier chapitre est à l’image des suivants, où on suit Bogus dans ses démêlés avec ses deux compagnes, ses amis (dont un qui s’essaie au cinéma) et on voyage de l’Iowa, à la côte Est des USA en passant par Vienne où il a connu sa première compagne. Epopée rocambolesque au cours de laquelle Bogus se cherche et s’engage dans des aventures invraisemblables, toujours fauché, (son père médecin refuse de l’aider tant qu’il ne montrera pas sa volonté d’insertion sociale), il poursuit néanmoins son travail de thèse de littérature (sur le nordique primitif inférieur que personne ne connaît!) et nous gratifie de passages extraordinaires et très primitifs d’un clan imaginaire à partir duquel il tente de retrouver en y mettant beaucoup de son imagination les fondements linguistiques de cette langue.

Ce roman est construit comme un puzzle et ce n’est pas facile de s’y retrouver au début. Il faut persévérer car ce héros là est pathétique, maladroit, gaffeur, « bidon » et « pataugeur », cocasse, mais reste toutefois vivant, attachant, optimiste même (et la fin nous montre qu’il avait bien raison !). En fait, on n’est pas très loin de Garp, avec moins de brio quand même…Les romans suivants me semblent plus aboutis.

Présenté par Marie-Annick D.

Lu aussi par Nadine V.