Benoni

Rosa

Je ne sais comment témoigner de ma lecture de ce diptyque d’Hamsun, cet auteur norvégien né en 1859 et décédé en 1952; Prix Nobel de littérature en 1920. C’est incidemment que j’ai lu Benoni (qu’on m’avait offert) et que j’y ai trouvé un témoignage sidérant de réalisme de la sénilité. A cette époque (dans les années 90), je m’intéressais au rapport au corps entre soignants et soignés à travers les soins d’hygiène qui correspondaient au travail des premiers sur les seconds devenus dépendants et vieux. Ma lecture a donc été partielle et intéressée …

C’est à l’occasion du thème de la littérature scandinave choisi par notre groupe de lecture que j’ai repris ce livre et j’ai acheté Rosa, roman complétant le diptyque. Et bien sûr j’ai voulu en savoir un peu plus sur Knut Hamsun.

En quelques mots, ces deux romans complémentaires ont pour cadre le grand nord norvégien, la forêt, les grands espaces et dans un fjord, une petite communauté de pêcheurs, d’agriculteurs, de commerçants. On sent le narrateur proche de la nature, en communion avec elle, qu’il oppose d’une certaine manière à une observation acérée des humains chez qui il se rend de temps à autre. Il souligne leurs calculs, leur soif de réussite, leur vanité mais aussi leur violence, leurs turpitudes. Benoni est ce « héros » corrompu par l’argent, le besoin d’avoir plus que d’être … Rosa est la femme insaisissable, au comportement agaçant, éternelle insatisfaite … J’ai bien aimé la narration assez lapidaire, ironique (sans être méprisante) de l'auteur et l’histoire de cette petite communauté isolée rattrapée en quelque sorte par la modernité.

En lisant une petite biographie de Knut Hamsun sur Internet, j’ai été surprise de voir qu’il était devenu un pronazi, ce qui a terni sa très grande réputation en Norvège et lui a valu d’être condamné suite à un procès après la guerre qui a abouti à son internement. Mais finalement à travers ces deux livres (il faudrait sans doute appréhender l’ensemble de son œuvre pour établir des relations plus évidentes entre ses écrits et ses idéaux socio-politiques), on peut déjà trouver là une forme de distance supérieure pour cette micro société affairée à ses soucis personnels, terre à terre, une forme de misanthropie et une exaltation de la nature, seul lieu de ressourcement.

Présenté par Marie-Annick D.