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La nouvelle « Le veau » se déroule en 1970, dans un petit village du Shandon. Sur la place, M. Guan, l’oncle grêlé chef de brigade de production, et le camarade Dong, vétérinaire, attendent Maître Du, responsable des 10 vaches du village, et son acolyte Luo Han, adolescent de 14 ans : ceux-ci arrivent avec 3 veaux qu’il s’agit de châtrer. De façon souvent désopilante, Luo Han raconte les quatre jours qui suivent, durant lesquels un des veaux va mal, ce qui est très grave vis-à-vis de l’unité de production du parti. Et nous voilà faisant presque partie du village, tant Mo Yan décrit avec réalisme et empathie la vie, les plaisanteries des villageois, leur obsession pour la nourriture car ils ont toujours faim, leur crainte des cadres du parti, leur peur de dire ce qu’il ne faut pas. En même temps, c’est un récit universel, la mentalité paysanne, les sentiments des gens, la solidarité des villageois et les petites trahisons, la morgue de ceux qui ont un pouvoir même petit, tout le monde connaît cela.

La nature est omniprésente, on passe sans cesse d’un langage cru à des observations délicates. Mo Yan connaissant la moindre plante, décrivant les odeurs, la fraîcheur des aubes, la qualité de l’air, il rend compte du lien étroit de l’homme et de l’univers du vivant. A la fin de cette longue nouvelle nous éprouvons un sentiment de vie intense, les personnages même écrasés par les difficultés, la faim, les absurdités du régime, éprouvent une joie de vivre envers et contre tout. Tout est vivant, le plus pauvre villageois, l’adolescent intéressé par les filles, le cadre veule, le village, l’odeur des sophoras, tout est vivant.

 

« Le coureur de fond » est une nouvelle très souriante, mais aussi critique de l’organisation de la société maoiste. Un jeune garçon raconte le déroulement d’un 10000 mètres en 1968, à l’occasion d’une réunion sportive dans son village. La construction est amusante. Avec la petite introduction nous faisons connaissance de Zhu Zongren, maître d’école du narrateur et très aimé et qui va être le héros de la course. Avec la grande introduction, le village se met à vivre, avec son camp de rééduqués, les « droitiers » tellement pleins de ressources. Nous voyons la naissance des meetings sportifs. Moments d’anthologie : concours de saut en hauteur ou partie de ping-pong où les champions venus du chef-lieu se font rabattre le caquet. Toute une foule de spectateurs ou de participants prend vie. Ensuite le chapitre « texte » nous raconte le déroulement de la course, au fur et à mesure des tours de piste, nous continuons d’apprendre des détails hauts en couleur sur chacun. Et enfin l’épilogue très court apporte une surprise assez divertissante. Tout cela sur fond de rigorisme du parti et d’amour de la vie.

 

Mo Yan, écrivain chinois, a été nommé prix Nobel en 2012. Né en 1955 dans la Province du Shandong, au sud-est de Pékin, il a connu une enfance paysanne très pauvre. Au moment de la Révolution culturelle, il est écarté de l’école car il a « une mauvais origine de classe ». En 1976, il parvient à entrer dans l’Armée Populaire de la Révolution, il apprend à lire et écrire. Sa première œuvre « Le radis de cristal » parait en 1981. En 1986, il devient célèbre avec « Le clan du Sorgho » dont Zang Yimou a tiré « Le sorgho rouge ». Très célèbre également « Beaux seins belles fesses » paru en 1995. Remarquons que sa nomination au prix Nobel a donné naissance à des polémiques car il est vice-président de l’Union des écrivains chinois et participe donc du régime de l’état, à l’opposé de Lin Xiaobo, prix Nobel de la Paix en 2010 qui est, lui, emprisonné et accusé de subversion.

Présenté par Claude T.