Claramalraux

Clara Goldschmidt est née en 1897 à Paris au sein d’une famille juive bourgeoise, aisée, originaire de Magdebourg en Prusse Orientale. Une partie de cette famille est restée sur place et elle y passera de très nombreuses vacances dont elle gardera un souvenir heureux et chaleureux. Cette triple appartenance, française, allemande, juive, marquera toute sa vie jusqu’à sa mort. Elle a eu une jeunesse dorée : beau quartier résidentiel, robes de grands couturiers, domestiques. Elle rencontrera André Malraux en juin 1921. Elle est éblouie par son intelligence et son charisme. Ils partiront ensemble en Italie … scandale ! Ils se marieront en octobre 1921. Malraux n’est pas majeur, il a 19 ans. Les parents de Clara ne voient pas cette alliance d’un bon œil. Malraux, qui le dissimulera pendant très longtemps, est d’origine modeste. Il a été élevé par sa grand-mère, sa mère et sa tante qui tiennent une épicerie à Bondy dans la région parisienne. Clara a touché sa dot que lui a laissée son père à sa mort. Malraux va ruiner Clara avec des placements plus qu’hasardeux, ce qui provoque la fureur de la famille de Clara. C’est pour se refaire financièrement qu’ils décident de partir en Indochine, pour piller les temples du site d’Angkor. Ils se feront prendre et seront poursuivis en justice. De cette époque, Clara gardera l’habitude de consommer de l’opium et ce, jusqu’à sa mort. Ils voyageront beaucoup tous les deux, sur tous les continent . En 1933 naîtra leur fille, Florence, dont Malraux parlera en disant « l’objet » (Florence travaillera à « L’Express » avec Françoise Giroud et deviendra en 1969 pour quelques années Madame Alain Resnais. Elle sera aussi la meilleure amie de Françoise Sagan). Mais en 1933, c’est la montée du nazisme en Allemagne. Clara vit cette période avec une angoisse croissante. Malraux va la quitter pour Josette Clotis, qui lui donnera deux fils qui mourront en 1961 dans un accident de voiture. Josette Clotis mourra, elle, en 1944, happée par un train. Clara vit très très mal cette trahison. Elle vit très mal aussi d’être complètement écrasée par la personnalité dominatrice et envahissante de Malraux. Elle ne commencera à écrire qu’après leur divorce, alors débarrassée de son ombre tutélaire. Elle passera la guerre seule avec Florence, démunie de tout. Elles seront aidées et recueillies par des amis. Clara entrera très tôt dans la Résistance, et ne portera jamais l’étoile jaune. Elle aura de faux papiers au nom de la mère d’André Malraux, Lamy. Clara et André divorceront en 1947. Clara vivra toujours dans un grand dénuement. Elle écrira ses mémoires, racontera ses années passées avec Malraux. Il en sera furieux, car elle ne manque pas d’égratigner son image. Il l’a complètement rayée de sa vie, jetant ses courriers directement dans la corbeille à papiers sans même les lire, et refusant tout contact avec elle. Elle ne se remettra jamais de cet amour blessé et ce jusqu’à sa mort, parlant de lui de manière obsessionnelle. Ce qu’elle supporte le plus mal, c’est qu’il écrive loin d’elle. Elle continuera à voyager, seule. Elle gardera une cour d’amis fidèles. Elle est brillante, une insatiable bavarde, ce qui en exaspère beaucoup. Elle défendra Israël avec acharnement. Malgré son âge, elle participera activement à Mai 68. Elle s’éteindra en décembre 1982, au Moulin d’Andé, dans l’Eure. Elle avait 85 ans.

 

Dominique Bona est née en 1953 à Perpignan. Ecrivaine française, elle est membre de l’Académie Française depuis avril 2013 et a reçu le Prix Renaudot en 1998 pour « Le Manuscrit de Port-Ebène » que j’ai beaucoup aimé. Membre du Jury Renaudot, elle a écrit de nombreuses biographies dont celle de Stefan Zweig « Stefan Zweig, l’ami blessé » en 1996, que j’ai lue et que là encore, j'ai beaucoup aimée.

Présenté par Catherine C.