Ravel

C’est un livre de Jean Echenoz, publié en 2006 avec en sous-titre : roman. C’est donc une biographie au sens large, romancée, d’autant que l’auteur ne retrace que les dix dernières années de Ravel. Mais le caractère biographique est incontestable, les personnages sont réels.

Les chapitres du début sont consacrés à la tournée triomphale du musicien aux USA. Nous embarquons dans la lecture comme Ravel pour son voyage, en 1927, sur le paquebot France, deuxième du nom. Il a 52 ans, il est célèbre mondialement (et pourtant il n’a pas encore composé son Boléro).

Jean Echenoz, de sa manière détachée et précise, décrit le départ, l’amie qui vient le chercher chez lui, à Montfort l’Amaury et dans quelle auto, l’amène à St Lazare où d’autres amis sont venus dire au revoir; puis c’est l’embarquement au Havre; puis l’installation et la vie à bord dans ce décor des années 30. Nous voyons Ravel maniaque, méticuleux (25 pyjamas), visiter, s’adapter, s’ennuyer …

De retour en France, les années s’écoulent. Ravel fait partie de l’intelligentsia artistique; il est entouré d’amis et de gens célèbres; il y a des fêtes où l’on s’amuse bien; Ravel toujours tiré à quatre épingles, dandy, fumant sans répit, a même composé une mélodie que l’on peut accompagner de la main gauche en fumant de la droite. Il y a les vacances à St Jean de Luz. Il y a beaucoup de déplacements en Europe, des concerts où il ne peut diriger que s'il a certains souliers vernis qu’il oublie souvent, ce qui provoque des drames que ses amies musiciennes essaient de réparer. Ravel est contradictoire, il est dans le paraître et dans la pudeur. Il a beaucoup d’amis proches mais il est aussi solitaire; on ne sait pas qui il aime ou s’il aime. Il est frêle, toujours fatigué, il a des insomnies, il est paresseux mais toujours en attente d’une œuvre.

Echenoz raconte, on a vraiment le sentiment d’écouter une histoire passionnante; comment est venu le Bolero en 27-28 : depuis la commande d’un ballet par Ida Rubinstein, une danseuse, jusqu’à la réalisation de cette œuvre que Ravel considérait comme une expérience de rythme et d’orchestration mais vide de musique.

Récit captivant également de la naissance des 2 concertos.

Puis, c’est la fin, fin du livre, dernières années de Ravel dont le cerveau gauche se dégrade; années terribles où il est conscient à sa maladie. Il meurt en 1937.

J’ai eu beaucoup de plaisir avec ce livre dont le style est très agréable. Echenoz est précis et élégant, apparemment décontracté, sa mise en scène est vivante, son coup d’œil ne rate jamais ce qui est un peu amusant. En même temps, j’ai été déconcertée, je trouve Echenoz très détaché (je ne sens d’empathie que lorsqu’il parle de Ravel malade). Ravel reste mystérieux. Le ton du livre est peut-être choisi à l’image de son sujet. Et qu’est-ce que j’attendais ? D’ailleurs, il ne s’agit pas d’une biographie à proprement parler : je suis devant un portrait, je vois la personne, sa manière de se tenir, son regard, comment elle est habillée, mais que sais-je d’elle ?

Présenté par Claude T.