Lotsoflove

Correspondance entre Francis Scott Fitzgerald et sa fille Frances alias Scottie.

Lorsqu'on pense à Fitzgerald, la plupart des gens l'associe à son roman le plus célèbre « Gatsby le magnifique », un portrait de l'époque des années 1920, « the roaring twenties », aux Etats-Unis. On ne le fait pas tout à fait à tort car, devenu célèbre et riche du jour au lendemain avec son premier roman « L'envers du paradis » en 1920, il a adopté un mode de vie extravagant et des allures de play-boy « à la Gatsby ». Mais ce recueil de lettres correspond à la période finale de sa vie entre 1936 et 1940, c'est-à-dire ses quatre dernières années.

C'est un échange de lettres entre lui et sa fille unique, Frances Scott, surnommée Scottie.

Le titre de la collection de leur correspondance est « Lots of love », une expression utilisée en général en membres de la même famille ou des amis proches pour terminer une lettre.

En plus de Scottie née en 1921, la troisième personne du trio familial est Zelda, sa mère, qui souffre depuis longtemps de dépression profonde et vit la plupart du temps dans une clinique psychiatrique.

C'est une famille dont les membres vivent dispersés, se voyant peu à cette époque : Fitzgerald est à Hollywood, Scottie, adolescente (15-18 ans), est d'abord élevée dans le Connecticut puis étudie à Vassard, université très cotée de l'état de New York.

Scottie avait connu une enfance choyée, heureuse, passée dans de belles maisons de gens riches, en général au soleil, souvent en Europe. Mais en 1937, son père est un écrivain sur le déclin, dont les livres ne se vendent plus. Il est donc obligé de s'installer à Hollywood où il espère gagner sa vie en rédigeant des scénarios de films. Il est très endetté et souvent congédié de certains projets à cause de son ivresse permanente, son problème d'alcoolémie.

Dans ses lettres, il ne se lamente pas sur son sort à lui, mais essaie de donner des conseils à Scottie, pour qu'elle ait une vie plus réussie que la sienne. Il se rend compte qu'ils sont très semblables et craint pour l'avenir de sa fille. Ce sont des lettres d'amour, d'un côté comme de l'autre.

Il essaie de la conseiller aussi bien sur ses choix de lecture (ex : Keats) que sur son comportement (elle semble trop aimer les fêtes !) mais à côté de cela, il a des réactions de père (de cette époque) : « qu'as-tu fait à tes cheveux ? » (elle les a teint en blond !). Il trouve ses occupations trop frivoles et lui dit « permets-moi d'insister que tu lises cette lettre deux fois ! »

Elle adore et admire son père, craint son jugement mais semble ignorer ou faire abstraction de ses difficultés. Elle se décrira plus tard comme étant « plus narcissique que la moyenne ». Elle dit aussi plus tard « c'est ainsi que ses magnifiques lettres arrivaient à Vassar et je ne les décachetais que pour les chèques et les dernières nouvelles avant de les reléguer dans le dernier tiroir de mon bureau ». Après la mort de son père, Scottie écrit « il me rendait claustrophobe, toujours à discuter, analyser, soupeser les choses dans ses lettres. Les enfants ont besoin de faire leurs propres fautes. Je savais bien alors que ses lettres étaient des chefs d'oeuvre. J'aurais souhaité lui témoigner davantage mon estime, mais naturellement, je ne soupçonnais qu'il mourait si tôt ».

Présenté par Pamela V.