Joseph

Joseph, 58 ans, un « air de lapin malade », est ouvrier agricole chez des fermiers éleveurs de vaches Salers du Cantal qui résistent au basculement du monde des paysans dans une agriculture mécanisée et intensive. Il est décrit dans ses faits et gestes du quotidien et la description de sa « place » dans la maison assignée par ses « patrons » est d’une justesse sociologique.

Mais Joseph comprend les bêtes, se plaît à leur contact et les préfère aux hommes; il sait les soigner avec attention et respect car les bêtes, « ça fait devoir ». On découvre aussi l’histoire de Joseph liée à ce coin du Cantal où il est né mais où il est seul depuis le départ de son frère jumeau pour la ville lointaine où la mère l’a rejoint quelques années plus tard. Depuis longtemps, Joseph est intempérant, ce qui le conduit à Aurillac pour y être désintoxiqué, des séjours plutôt agréables finalement, « il ne s’ennuyait pas, il laissait passer de gros morceaux de temps » et il y faisait l’objet d’une attention inhabituelle. Il y a aussi « sa » déception amoureuse avec Sylvie qui l’a privé de « faire maison », ce à quoi il croyait vraiment.

 

Avec une absence de dialogues et une ponctuation minimale qui caractérisent le style de Marie-Hélène Lafon, c’est au final un roman court mais très travaillé et dense qui fait de l’histoire d’un être humble et ordinaire un chef d’œuvre de réalisme et d’humanité, porté de bout en bout par une poésie narrative superbe. Et sans doute ce qui me plaît aussi, c’est de retrouver (chez beaucoup d’entre nous, « vieux » lecteurs) cette sensation de rencontre avec quelque chose qu’on reconnaît …

Présenté par Marie-Annick D.