Histoiredelafemmecannibale

Rosélie Thibaudin, femme antillaise, guadeloupéenne, peintre et médium à ses heures, tente de surmonter la perte de son mari Stephen, assassiné dans une impasse du Cap en Afrique du Sud et de comprendre pourquoi et par qui. Il était professeur de littérature, anglais mais élevé en France dans une bourgade de l’Oise, sa mère était française Elle a partagé vingt ans sa vie au gré de ses mutations. Parallèlement, Le Cap suit avec passion le procès d'une femme noire, Fiela, qui a tué son mari et en a mangé quelques morceaux. Ce procès, qui a un écho particulier pour Rosélie (elle ressent une étrange parenté avec cette femme), scande le récit. Elle vit avec Dido, métisse, une femme qui l’aime et prend soin d’elle pour tout.

 

Maryse Condé va raconter l’ambiance de l’Afrique du Sud après la disparition de l’Apartheid. Rien n’a vraiment changé. Elle dit les luttes des personnages dont le sort dépend beaucoup de la couleur de leurs peaux. Elle parle des problèmes rencontrés par ceux que l’on appelle les couples mixtes. Elle dit les hiérarchies entre les différentes origines des Noirs. Elle est antillaise, elle est noire mais pas africaine. Son mari est blanc. Ils ne sont pas toujours acceptés, ni tolérés. Elle parle de la littérature antillaise, de la poésie antillaise, de la musique antillaise. Elle jette un regard goguenard sur les hordes de touristes, essentiellement des Blancs, à la recherche de sensations fortes sur les lieux emblématiques de l’Apartheid. Elle finira par découvrir des vérités très dérangeantes sur Stephen, elle découvrira son assassin. Elle continuera à peindre, à soulager les gens en leur imposant les mains. Elle hésitera à quitter l’Afrique du Sud, mais pour aller où ? Elle n’a aucune envie de retourner à la Guadeloupe. Ses parents sont morts, de nombreux membres de sa famille sont morts et elle en est partie depuis si longtemps.

 

On sent que Maryse Condé parle de choses vécues. Elle prend ses distances avec la France. Son vrai pays, c’est la Guadeloupe. Elle raconte le racisme toujours aussi présent, le regard des autres sur la couleur de votre peau et sur vos origines. Elle sait parler de l’Afrique où elle a longtemps vécu, des Antilles, de la vie new-yorkaise pour une femme à la peau noire mariée à un blanc. Toujours le regard et le jugement des autres. C’est un récit très dense, très polémique dans le bon sens du terme. De nombreux flashbacks jalonnent son récit. C’est le cri d’une femme qui assume la couleur de sa peau, mais doit affronter sans cesse les obstacles qui en découlent. Un très bon moment de lecture et de découvertes de vérités souvent heurtantes.

 

L'auteure, de son vrai nom Marise Liliane Appoline Bocoulon, naît en 1937 à Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, dans une famille de 8 enfants. En 1953, elle part à Paris étudier l’anglais. En 1959, elle épouse un acteur africain, Mamadou Condé. Elle enseigne en Guinée, au Ghana et au Sénégal. Elle est aussi journaliste à la BBC et en France. En 1981, elle divorce et épouse Richard Philcox, le traducteur de la plupart de ses romans en anglais. Histoire de la femme cannibale lui est dédié : « Pour Richard ». Ils s’installent aux USA où elle enseigne à l’Université de Columbia à New-York. Elle se partage maintenant entre New-York et la Guadeloupe. Elle préside le Comité pour la Mémoire de l’Esclavage créé en 2004 par la Loi Taubira qui a reconnu en 2001 la traite et l’esclavage comme crimes contre l’Humanité. C’est sur sa proposition que Jacques Chirac a fixé au 10 mai la Journée Commémorative de l’Esclavage célébrée la 1ère fois en 2006. Elle a commencé à publier en 1976, mais elle sera surtout reconnue en 1984 et 1985 pour Segou où elle racontera en deux tomes l’histoire du Royaume Bambara (actuel Mali) au 19ème siècle.

 

J’ai eu la chance formidable de pouvoir les lire à l’époque de leurs sorties. Ce fut pour moi un vrai choc. Découverte d’une écrivaine et découverte d’une histoire dont j’ignorais tout ou presque. Je la suis de loin en loin et j’ai toujours été sous le charme de son écriture. Elle a eu de très nombreux prix et distinctions, ainsi que de nombreuses décorations dont La Légion d’Honneur.

Présenté par Catherine C.