Lajumentverte

A Claquebue (village fictif inspiré toutefois du village où Marcel Aymé a vécu chez ses grands-parents dans le Jura), il y a deux familles de cultivateurs rivales depuis toujours. Les Haudouin sont plutôt républicains, progressistes alors que les Maloret sont calotins, restés fidèles au clergé mais c’est une façade car les Maloret traînent une réputation sulfureuse : les pères seraient incestueux …

Les relations vont se durcir lorsque la mère Haudouin doit se soumettre à une relation sexuelle avec un gradé prussien (on est en 1870) et cela pour sauver son fils Honoré caché sous le lit mais témoin de cet outrage à sa famille et rancunier à jamais envers le fils Maloret à l’origine de ce forfait.

Toute l’intrigue de ce roman écrit délicieusement et témoignant chez Marcel Aymé d’une verve malicieuse et pleine d’humour est basée sur cet événement familial repris par les frères Haudouin devenus adultes.

Mais au delà de cette histoire singulière, c’est toute une anthropologie du monde rural de la fin du 19ème siècle vivant et impliqué dans l’histoire politique de l’époque que nous livre Marcel Aymé et c’est passionnant.

La jument verte qui a eu la bonne idée de naître chez le vieil Haudouin sous le second Empire n’est pas qu’une anecdote qui a fait la célébrité de son propriétaire en son temps : à jamais immortalisée par un peintre réputé, elle observe tout ce microcosme et livre aux lecteurs ses considérations sur les uns et les autres entre les chapitres clés.

Présenté par Marie-Annick D.