Stefanzweiglamiblesse

Dominique Bona est née en 1953 à Perpignan, issue d’une famille catalane, elle est la fille d’Arthur Conte (né en 1920 à Perpignan, journaliste, député, président de l’ORTF…). Elle est la sœur de Pierre Conte, à qui ce livre est dédicacé, journaliste lui aussi. Agrégée de Lettres Modernes, elle est assistante à France Culture et France Inter. Journaliste et critique littéraire dans de nombreux journaux. Membre du jury du Prix Renaudot depuis 1999. Elle est mariée et a 2 enfants.

Elle a écrit cette formidable biographie de Stefan Zweig, extrêmement documentée. Car si Stefan Zweig est connu pour son œuvre, il mérite d’être aussi connu pour l’extraordinaire richesse de sa vie. L’étudiant juif de Vienne, en Autriche, où il est né en 1881 dans une famille d’industriels aisés, peut mener la vie dorée de la jeunesse de cette époque, son frère aîné Alfred étant, lui, destiné à reprendre l’affaire familiale. Mais très vite s’installera en lui une sourde angoisse qui ne le quittera plus jamais, angoisse née de l’horreur de la Première Guerre Mondiale, puis de la montée du Nazisme, dont il pressentira l’extrême danger et la capacité terrible de nuisance. Il voyagera beaucoup, en Europe, en Inde, aux USA, en Amérique Latine, fuyant ce désastre qu’il voit poindre. En France, il rencontrera les grands écrivains de l’époque, qu’il traduira en allemand – Jules Romain, Paul Valéry, Romain Rolland, Georges Bernanos, … En Belgique, il se liera d’amitié avec Emile Verhaeren, dont il traduira les poèmes. Ses amis se nommeront Gorki, Freud, Hugo von Hoffmanstahl, James Joyce, Thomas Mann, Rainer Maria Rilke, Joseph Roth, Arthur Schnitzler … Il écrira de très nombreuses et très diverses biographies, Marie-Antoinette, Marie Stuart, Joseph Fouché, Erasme, Magellan … Il se mariera deux fois. D'abord avec Friderike, qui restera son amie fidèle et sa confidente jusqu’à sa mort. Il lui écrira en 1927 : « Il serait temps, à 45 ans, d’essayer de vivre le monde au lieu de le décrire ». Elle s’occupera de ses affaires personnelles quand il sera déjà en exil en Amérique Latine. Et puis avec Lotte – Charlotte – beaucoup plus jeune que lui, qui l’accompagnera dans la mort. Elle avait alors 34 ans alors que lui venait d’en avoir 60. Il avait écrit à Friderike : « La terreur que m’inspire l’époque croît jusqu’à la démesure, nous ne sommes qu’au début du pire ». C’est en relisant Montaigne « La mort qu’on choisit est toujours la plus belle », qu’il prend peu à peu la décision de quitter ce monde qui n’est plus le sien, qu’il ne reconnaît plus, dans lequel il n’a plus sa place. Ils se suicideront ensemble à Petropolis au Brésil, le 22 février 1942. Il aura auparavant tout minutieusement réglé, y compris la garde de son fox-terrier, Plucky, que Lotte lui avait offert pour ses 60 ans. Il disparaît dans l’indifférence générale. Les seuls que cette mort bouleversera, seront Romain Rolland et sa femme Lise, exilés tous deux au Mexique. Romain Rolland lui attribuait « ce démon de voir et de savoir et de vivre toutes les vies qui a fait de lui un pèlerin passionné, et toujours en voyage ».

Je n’aime pas beaucoup ses nouvelles. Il y a quelque chose qui m’agace mais que je n’arrive pas à définir, et pourtant j’ai fait un effort au cours de mes dernières lectures. Rien n’y a fait. C’est ainsi. En revanche la vie de l’homme et de l’écrivain m’a profondément émue. Un livre, très fort et très poignant, à lire et à relire, ce que je ferai un jour.

Présenté par Catherine C.

 

Belle reconstitution de la vie de l'auteur par Dominique Bona (fille d'Arthur Conte), on comprend mieux les mystères du romancier, l'impact des guerres sur son comportement, lui qui, natif de Vienne où régnait une ambiance cosmopolite et tolérante et où la musique unissait tout un peuple, le font se retrouver anonyme, errant et étranger … que de déception!

 

Sweig est un auteur prolifique, il débute par des poèmes, influencé par Hofmannsstal et Rilke. Il est passionné de théâtre et se met aussi à écrire des drames : Thersite, La maison au bord de la mer et son superbe Volpone.

 

C'est un infatigable voyageur, curieux, toujours en quête de nouvelles cultures. C'est aussi un grand traducteur et collectionneur. Amoureux de la littérature étrangère mais surtout des lettres françaises, qui deviendront un véritable culte, il traduira Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et surtout Verhaeren.

 

Ardent pacifiste, les deux guerres vont déclencher chez lui la perte des valeurs morales d'une société décadente, qu'on retrouvera dans toutes ses nouvelles. Il s'installe à Salzbour où il rédige ses essais sur Dostoievski, Tolstoï, Nietzche, Freud et Stendhal puis les biographies de Fouché, Marie-Antoinette et Marie Stuart. Mais hélas, les nazis s'emparent du pouvoir et les violences contre les réfractaires et les juifs se multiplient. Pendant l'Anschluss, ses livres sont brulés en autodafé. Il se remarie avec sa jeune secrétaire anglaise, Lotte Altman, mais depuis l'abandon de sa belle demeure salzbourgeoise, son âme inquiète ne lui laisse plus de repos.

 

Il va voyager en Amérique du Nord et au Brésil, où il finira par s'installer à Pétropolis. L'Europe des "ténèbres épaisses" qu'il appréhendait tant se profile, l'inquiétude morale le ronge et sape toute sa stabilité, ses forces sont épuisées, le Juif Errant quitte la scène en février 1942.

 

 Présenté par Yolande G.