Petitoiseauduciel

Cette histoire dramatique se passe en 1983 à Sparta, petite ville de l'Etat de New York :

Aaron fils de Delray Kruller d'origine indienne, découvre sa mère, Zoé Kruller, serveuse dans une laiterie le jour et chanteuse de country la nuit, sauvagement assassinée chez elle.

L'enquête commence. Deux hommes sont soupçonnés du crime : Delray Kruller, mari de la victime mais séparé d'elle, ayant la réputation d'un homme brutal, sans remords d'aucune sorte et Eddy Dielh, amant de longue date de Zoé. Faute de preuves, les deux suspects sont remis en liberté mais pour ces deux familles aux niveaux sociaux très différents, ce crime aura des conséquences dramatiques, en particulier pour les deux adolescents, Kristel Dielh et Aaron Kruller, meurtris et marqués à jamais par l'assassinat de Zoé. Malgré une attirance réciproque, ils sont persuadés que le père de l'autre est l'assassin. Ils se rencontreront dix-sept années plus tard et ne pourront faire l'impasse sur cette tragédie qui a marqué leur adolescence et qui continue à le faire.

Il y a deux points de vue dans ce roman. Le récit de la fille d'Eddy Diehl, Kristel, nous raconte la vie de famille détruite : le frère ainé qui ne veut plus entendre parler de son père, sa mère qui demande le divorce et elle, qui aime ce père de toute son âme et dans lequel elle a une confiance absolue. Puis il y a le récit de Aaron Kruller, fils de Delray Kruller, qui, physiquement du moins, ressemble à son père et essaie d'assumer à sa manière, violente parfois, ce drame familial.

C'est un roman qui se déroule dans un environnement de sexe, drogue, alcool, violence, racisme, avec des descriptions très précises de cette petite ville entourée de friches industrielles, de gares abandonnées, de vieilles passerelles au dessus de rivières embrumées, rien de très riant ... il y a autre chose aussi : des matchs de basket détaillés et souvent très violents.

Ce qui me paraît également important dans ce roman, ce sont les rapports père-fille. C'est un thème récurrent dans plusieurs de ses oeuvres.

Joyce Carol OATES nous propose ici un roman plein de suspense (il faut attendre les dernières pages pour en connaître l'issue). Facile à lire, avec une forme d'écriture très compréhensible et un texte bien rythmé du début à la fin. J'ai bien aimé.

Présenté par Milou B.

 

 

Sparta, petite ville post-industrielle au nord-ouest de l’Etat de New York dans les années 80. Zoé Kruller, une jeune femme, serveuse et chanteuse à la bonne réputation locale (belle voix chaude, un peu roque), est retrouvée par son propre fils de 15 ans, Aaron, assassinée après avoir été violée et terriblement battue … Ce meurtre ne sera pas élucidé par la police. Néanmoins parmi les suspects, il y a Ed Diehl, un père de famille travailleur, aimant sa femme et ses deux enfants : Ben, un adolescent de 15 ans et Krista, sa fille d’une dizaine d’années. La honte s’abat sur cette famille « hyper normale » jusque là, enracinée dans cette ville, que le père avait su protéger et faire reconnaître mais qui avait, depuis peu, succombé aux charmes de Zoé. Lucille, la mère effondrée, accablée par la honte, obtient le divorce et une ordonnance de justice interdisant à Ed de vivre à Sparta et de voir ses enfants. Ben ne cherche pas à revoir son père : il a tiré un trait sur lui et est déterminé à faire sa vie, débarrassé de toute honte. Mais Krista, convaincue de l’innocence de son père, ne se résout pas à son absence et ils se revoient clandestinement. Par ailleurs, elle cherche éperdument à s’approcher de la famille de l’entourage de Zoé pour comprendre … C’est la première partie du roman qui creuse méthodiquement à travers la voix de Krista, la narratrice, les ravages chez les uns et chez les autres d’un tel drame familial et la manière de chacun de s’en défendre et de l’affronter jusqu’à la scène finale : terrible et pathétique.

La deuxième partie est centrée sur Aaron, le fils de Zoé et de Delray Kruller, le mari de Zoé, un garagiste. Delray est un sang mêlé qui a des origines indiennes, son fils en a hérité quelques traits physiques. Déjà éclatées par la vie tumultueuse de Zoé qui se prostituait, s’adonnait à la drogue, les vies du père et du fils vont peu à peu dériver vers l’alcoolisme et la déchéance pour l’un (d’autant plus que lui aussi est un suspect sérieux) et la drogue et la délinquance pour l’autre, ce que l’auteure décrit magistralement dans les moindres détails et sans complaisance.

La troisième partie, plus courte si elle permet d’avancer un peu dans ce drame non élucidé pendant près de 20 ans, n’est pas vraiment surprenante à un certain niveau mais conduit le lecteur aux frontières de l’inexplicable.

Beau roman qui oblige le lecteur à être attentif, à chercher à comprendre tant le discours est souvent énigmatique et créatif …

NB : « Petit oiseau du ciel » est une chanson fétiche de Zoé.

Présenté par Marie-Annick D.