Leschutes

Prix Femina Etranger 2005.

Juin 1950 à Niagara Falls. Au matin de ses noces, Ariah Littrell ne trouve pas son mari, jeune pasteur. Il s’est suicidé en se jetant dans les chutes du Niagara, sous les yeux du gardien qui n’a rien pu faire. Elle devient alors « La Veuve Blanche des Chutes », silhouette fantomatique errant à la recherche de son mari disparu. Un jeune avocat, Dirk Burnaby, d’une famille riche et influente de Niagara Falls, la remarquera, lui viendra en aide, en tombera amoureux, l’épousera. Mésalliance insupportable pour sa famille à lui, remariage honteux pour ses parents à elle car trop rapide après la mort de Gilles Erskine.

Ils seront heureux dix ans. Mais elle se sait damnée. Ils auront trois enfants : Chandler, né avant terme (d’où la question : qui en est le père … Gilbert ou Dirk ?), malingre, lunetteux, intellectuel, souffre-douleur de sa mère, Royall, grand, robuste, extraverti, la joie de vivre personnifiée, aimé de sa mère, Juliet, la petite dernière, une fille enfin, adorée de son père et de sa mère.

Ariah, la mère, est une femme menue, rousse, pâle, aux yeux translucides, au visage plein de taches de rousseur, pianiste.

Dirk, le père, est une force de la nature, bon vivant qui a toute une bande d’amis, tous notables de Niagara Falls.

Sa vie et celle de sa famille basculera quand une jeune femme en noir, image incarnée de la Mort, le Vautour, Nina Olshaker, le convaincra de prendre sa défense et celle d’habitants de son quartier contre la ville et une usine chimique. Toutes deux ont fait construire des maisons sur un terrain, ancien canal comblé avec les déchets toxiques de l’usine. Elles ont été vendues aux habitants sans jamais le mentionner, entrainant maladies, décès, fausses couches …

Dirk sera assassiné, pris en chasse par un camion et une voiture, qui le précipiteront dans le fleuve Niagara. Son corps ne sera jamais retrouvé. On conclura à un suicide. Il s’était attaqué à l’establishment, avait perdu sa clientèle aisée, ses amis.

Ariah et ses enfants quitteront leur grande maison, leur grand jardin, leur beau quartier résidentiel, pour s’installer dans un modeste quartier, dans une petite maison insalubre, près d’une voie ferrée. Ils vivront des leçons de piano données par leur mère.

Au fil du livre, chacun a droit à ses chapitres qui raconteront son histoire. Ariah vieillit doucement, les enfants grandissent. Chacun à sa manière, déstabilisé par les non-dits obstinés d’Ariah. Elle a gommé avec hargne tout ce qui était antérieur à la mort de Dirk.

Tout n’est que « chutes » dans cette histoire. Chutes dans le fleuve Niagara, chutes sociales, mises en marge de la société revendiquées et assumées. Amours défaites chez les enfants, vies qui ne correspondent à leur « Moi » profond. Sauront-ils se reprendre ? Portrait de cette femme, de cette mère, si fière, si digne mais parfois aussi si méchante, à la fois si manipulatrice et si faible. Une mère castratrice que seule la musique semble apaiser.

Tout se terminera bien. Happy end à l’américaine. On est en 1978.

Livre très très dense, qui m’a clouée du début à la fin. J’ai vraiment beaucoup aimé.

Présenté par Catherine C.