Artemisia

Artemisia Gentileschi (née à Rome en 1593, morte à Naples vers 1653) est une des très rares femmes peintres du début du XVII siècle, célèbre, reconnue, qui a pu vivre de la vente de ses œuvres et du soutien financier de très nombreux mécènes qui l’ont introduite auprès du Vatican – le cardinal Scipione Borghese, neveu du pape Paul V, le Grand-Duc de Toscane, la Famille de Savoie, Catherine de Medicis et enfin Charles 1er d’Angleterre.

Elle habite Rome, où elle est née en 1653, avec sa famille, dans le quartier des peintres. Elle perd sa mère très jeune et a trois jeunes frères, mais c’est son père, Orazio Gentileschi, qui est à l’origine de sa vocation. D’une jalousie très exclusive, il l’emmène avec lui sur tous ses chantiers, il lui apprend toute petite l’art de la confection des couleurs, une véritable alchimie de produits de toutes sortes, leur cuisson … Il lui apprendra tout de l’art de la peinture. Il la cloîtrera même chez elle et engagera différentes personnes pour la surveiller.

Mais le drame arrive. Elle sera violée par Agostino Tassi, un des peintres avec qui son père travaille régulièrement, et ce pendant de longs mois. S’ensuivra un procès qui va défrayer la chronique et surtout donner lieu à des dépositions dont les archives vont permettre de retracer toute cette histoire ainsi que la vie à Rome à cette époque. Pour effacer ce déshonneur absolu, son père va la marier à un jeune peintre sans talent et très dépensier. Ils partent à Florence. Contre toute attente, ils s’aimeront follement. Ils auront quatre enfants, dont une seule survivra, Prudenzia.

Artemisia, soutenue par le Grand-Duc de Toscane Cosme II, protégée par la Famille de Medicis, évoluera au milieu d’un cercle d’artistes et d’intellectuels. Elle sera jusqu’à sa mort une grande amie de Galilée. Elle sera, fait rarissime pour une femme à cette époque, admise à l’Accademia de Disegno de Florence Elle mènera grand train. Puis elle retournera à Rome, où elle se séparera définitivement de son mari.

Elle aura un nouveau mécène : le Duc d’Alcala, ambassadeur du Roi d’Espagne Philippe IV auprès du Vatican, dont elle deviendra la maîtresse et elle en aura une fille, Francesca. Elle aura de très nombreux amants. Elle était célèbre pour sa beauté, la splendeur de sa chevelure, l’attrait envoûtant de son généreux décolleté et le charme puissant qu’elle exprimait à tout moment et en toute circonstance.

Que dire de ses relations avec son père, son mentor mais aussi son rival permanent ? Ils ne se verront pas pendant vingt-cinq ans. Ils se haïront à distance, lutteront pour être le meilleur des deux, mais passeront leur vie à peindre en se demandant ce qu’en penserait l’autre. Ils se copieront en espérant toujours dépasser l’autre.

Après bien des tribulations – elle ira à Venise, à Naples, puis en France, aux Pays-Bas, elle rejoindra son père à Londres où il la fait appeler. Il est trop vieux et trop fatigué pour terminer seul les travaux engagés pour le Duc de Buckingham et pour la Reine Henriette-Marie de France, Reine d’Angleterre, femme de Charles 1er, fille de Catherine de Medicis. Il mourra peu de temps après en 1639 mais elle restera encore deux ans en Angleterre où elle y finira le travail commencé par son père, travaillera pour la noblesse britannique et rentrera finalement à Naples où elle s’éteindra vers 1653.

Elle aura somptueusement marié ses deux filles, mariages qui la ruineront. Beaucoup de ses tableaux ont disparu. On en trouve à Londres, à Francfort, à Paris, à Naples et aux USA.

C’est un personnage attachant, hors du commun dont l’histoire m’a beaucoup touchée. J’avais vu auparavant le film « Artemisia » avec Michel Serrault dans le rôle du père, Orazio Gentileschi, et la jeune actrice italienne Valentine Cervi, dans le rôle d’Artemisia. Ce film a reçu en 1998 le Golden Globe du meilleur film étranger. Mais il ne traite que des relations amoureuses d’Artemisia et Agostino Tassi et laisse entendre qu’elle ne l’aurait traîné devant les tribunaux que sous la pression de son père et qu’en fait, ils étaient passionnément épris l’un de l’autre … où est la vérité ?

L'auteure est la fille de Dominique Lapierre («  Paris brûle-t-il ? » -«Ô Jérusalem » - « Cette Nuit la Liberté » …- en collaboration avec Larry Collins). Elle lui dédicace d’ailleurs ce livre : « A mon père, avec un tendre clin d’œil ». « Artemisia » est en effet l’histoire des relations tumultueuses d’un père et de sa fille, tous deux peintres.

Alexandra Lapierre est une écrivaine française, auteure de nouvelles, de romans et surtout de biographies tout à fait passionnantes. Elle va fouiller dans des centaines d’archives, lire des centaines de livres, de thèses, pour retrouver la trace d’Artemisia. Il y a exactement 103 pages d’annexes et de bibliographies à la fin du livre. Utile mais un peu fastidieux …

Elle vient de recevoir le Prix Historia du Roman Historique pour « Je te vois reine des quatre parties du monde », consacré à la navigatrice et exploratrice espagnole Isabel Barreto.

Présenté par Catherine C.