Unhomme

On l’enterre, dans le vieux cimetière juif créé par ses grands-parents pour leur communauté. Tous ceux qui ont compté pour lui sont là. Ses anciens collègues, ses femmes, ses enfants. Il n’a ni nom, ni prénom. C’est un homme, chaque homme, tout homme, n’importe quel homme. Et il se souvient. Ses parents, son enfance, son frère, une force de la nature, ses trois mariages. Trois échecs. Ses fils, la quarantaine, qui le haïssent, ne lui pardonnent toujours pas d’avoir quitté leur mère pour une autre, de les avoir abandonnés. Il y a Nancy, sa fille adorée, la fille de Phoebe, la femme tant aimée et qu’il a quittée bêtement parce qu’une jeunette avait réveillé en lui le désir. Il fut un brillant publiciste. Il a vieilli, pris sa retraite, a sombré dans la solitude. Il pleure ses forces perdues, il pleure la désagrégation de son corps, ses pontages, son opération de la prostate qui l’a laissé au mieux impuissant, il pleure la peur terrible de la mort.

En 153 courtes pages, le vie d’un homme, à la fois bien remplie et finalement banale et dérisoire. Je ne sais pas si j’ai aimé, mais une chose est certaine, j’ai été touchée par ce cri de détresse masculine. Mais ne serait-ce pas finalement aussi la plainte lancinante de toute détresse humaine ?

Philip Roth est un écrivain juif américain né en 1933 à Newark, New-Jersey, petit-fils d’émigrés juifs originaires de Galicie, arrivés aux USA au tournant du 20ème siècle. Il publie sa première œuvre en 1959 « Goodbye, Colombus » et a annoncé en 2012 qu’il n’écrirait plus … Il aura écrit 38 romans et aura reçu de très nombreux Prix. Il occupe une place très importante dans la littérature américaine. Certains s’étonnent qu’il n’ait pas encore été « nobelisé ».

Présenté par Catherine C.