84charingcrossroad

Sont rassemblées dans ce petit livre (142 pages) les lettres échangées avec une librairie située à l'adresse du titre. L'auteure les a contactés en 1949 pour qu’ils lui procurent des livres anciens, rares et introuvables aux USA. Elle ne leur demande que des livres qu’elle a déjà lus et qu’elle a aimés. Eux vont tout mettre en œuvre pour les trouver et les lui expédier. Certains seront très difficiles à trouver. Ils se les procureront essentiellement auprès d’aristocrates ruinés par la guerre et qui vendent leurs bibliothèques. Ce sont parfois de très belles éditions, ce qu’elle apprécie par-dessus tout. Jusqu’en 1951, en plus de ses commandes et de ses règlements – elle est constamment en comptes avec Marks & Co – elle leur fera parvenir toutes sortes de nourriture, des œufs en poudre, de la viande, des gâteaux, … pour pallier les restrictions imposées aux Anglais après la guerre. Elle se plaint de temps en temps de la mauvaise qualité des éditions, auxquelles il manque parfois des pages. Elle annote fébrilement tous ses livres, pour transmettre un message aux autres lecteurs, elle se réjouit aussi de partager ses lectures avec d’autres, raison pour laquelle elle préfère les livres d’occasion. Ils ont une vie plus ample, plus riche, qu’un livre neuf.

 

L'auteure est née en 1916 à Philadelphie et morte à New-York en 1997. Elle a écrit des pièces de théâtre, jamais jouées, et des scenarii pour des séries télévisées. Toute sa vie, elle aura du mal à joindre les deux bouts. Elle est surtout célèbre pour ce livre épistolaire, 84, Charing Cross Road, l’adresse de la librairie londonienne Marks & Co – Co signifiant Cohen. Ce recueil rassemble la correspondance qu’elle a entretenue à partir de 1949 avec Franck Doel, qui travaillait dans cette librairie. Ce ne fut pas son seul correspondant mais c’est celui avec lequel elle a le plus échangé. Elle a toujours voulu le rencontrer mais faute de moyens financiers, elle n’a jamais pu entreprendre ce voyage à Londres. Elle apprendra sa mort brutale d’une péritonite en 1968, par la secrétaire de Marks & Co. Elle aura finalement l’argent nécessaire en 1970. Elle fera alors le récit de ce séjour à Londres dans un livre paru en 1973 : La Duchesse de Bloomsbury Street. Elle meurt, oubliée, sans argent, dans une maison de retraite de Manhattan en 1997. Sa bibliothèque a été dispersée aux quatre vents, faute d’héritiers. C’est triste.

 

Postface de Thomas Simonet

Directeur de la Collection de l’Arbalète chez Gallimard, il fut libraire avant d’être éditeur. Il a succédé à Marc Barbezat, qui a créé L’Arbalète pendant la 2ème Guerre Mondiale à Lyon. C’est lui qui a publié les lettres que Jean Genet a écrites à lui et à sa femme Olga. Voir Lettres à Olga et Marc Barbezat de Jean Genet. Dans cette postface, il écrit une biographie très détaillée d’Helene Hanff ainsi que quelques citations de ses lettres. Il y raconte aussi comment ce recueil épistolaire fut porté à l’écran en 1987 avec Anne Bancroft dans le rôle d’Helene Hanff et Anthony Hopkins dans celui de Franck Doel. Un journaliste de Newsweek a écrit à l’occasion de la sortie du film: « 84, Charing Cross Road fait partie de ces livres culte que l’on se prête entre amis, transformant ses lecteurs en autant de membres d’une même société secrète ».

 

Dossier « A propos de 84, Charing Cross Road » par Isabelle Hausser

Isabelle Hausser est née en 1953. Romancière française, énarque, diplomate et mariée à un diplomate, elle a beaucoup vécu à l’étranger. Depuis 2009, elle vit à Paris. Traductrice de ce livre, c’est à ce titre qu’elle s’exprime. Mais elle a aussi traduit Stefan Zweig, Harper Lee (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur) entre autres. Elle commente abondamment le contenu de cet ouvrage qui se termine par l’autorisation de Sheila, la fille de Franck Doel, en 1969, de publier ces correspondances.

Présenté par Catherine C.

Déjà lu et chroniqué lors de précédentes rencontres