Meursaultcontreenquete

Le narrateur de ce splendide roman n’est autre que le frère cadet de Moussa, « l'arabe » de L’Etranger, tué par Meursault sur une plage d’Alger en 1942 et dont on ne sait rien dans le célèbre roman de Camus, pas même les nom et prénom.

Son jeune frère, qui avait sept ans au moment du drame et admirait son grand frère, a vécu dorénavant seul avec une mère à jamais éprouvée par la mort de son fils ainé. Il décide de raconter, « pour la justice des équilibres », maintenant qu’il est âgé, ce que fut leur vie alors et c’est bouleversant de vérité et d’intelligence : pour la mère, le deuil impossible, la sourde rancune qui ne s’apaisera qu’au moment de l’Indépendance en 62 et la difficulté de vivre du « survivant ».

 

Très beau roman associant une prose créative et de belles idées en s’appuyant avec finesse sur le roman de Camus.

 

Quelques extraits au hasard :

« Les nôtres dans les quartiers populaires d’Alger, avaient en effet ce sens aigu et grotesque de l’honneur. Défendre les femmes et leurs cuisses ! Je me dis qu’après avoir perdu leur terre, leurs puits et leur bétail, il ne restait plus que leurs femmes » (p.29)

« J’ai tant de fois souhaité tuer Moussa après sa mort, pour me débarrasser de son cadavre, pour retrouver la tendresse perdue de M’ma, pour récupérer mon corps et mes sens, pour…Etrange histoire tout de même. C’est ton héros qui tue, c’est moi qui éprouve de la culpabilité, c’est moi qui suis condamné à l’errance » (p.57)

 

L'auteur, né en 1970, est un algérien d'expression française. Ce roman a obtenu le prix Goncourt du premier roman en 2015.

Présenté par Marie-Annick D.

Déjà lu et chroniqué lors d'une précédente réunion.