Operationshylock

En 1988, l’écrivain déjà très connu Philip Roth, d’origine juive, est alerté par des amis qu’une personne qui couvre à Jérusalem le procès d’un ancien tortionnaire nazi du camp de Treblinka se fait passer pour lui … Alors qu’il sort d’une dépression éprouvante, il se rend à Jérusalem pour y interviewer pour un journal américain son ami, un grand écrivain israélien. Là il rencontre son double qui lui ressemble en tout point … Que faire ? Porter plainte pour usurpation d’identité ou essayer de comprendre cet individu, ses motivations, qui il est ? … Il opte pour cette deuxième piste et finit par le rencontrer.

Il deviendra vite pour lui un « personnage grotesque » et fantasque qu’il va appeler Moishe Pipik (littéralement : Moïse Petitnombril), expression juive péjorative pour désigner un enfant qui veut faire l’important mais qui est un peu bébête et pas très malin.

Il n’empêche, ce Pipik l’intrigue par ses projets délirants basés sur le « diasporisme », c'est-à-dire un mouvement de réintégration des Juifs d’Europe dans leur pays d’origine, considérant que l’avenir d’Israël est un deuxième holocauste du fait de l’hostilité de ses voisins arabes.

Mais en marge de cette démarche il se rend au procès en cours du tortionnaire nazi (reconverti après la guerre en ouvrier et père de famille modèle aux USA).

Et il rencontre à Ramallah un vieil ami palestinien ainsi qu’un juif fortuné à Jérusalem qui est très intrigant …

 

Est-ce un roman, une fiction, une autobiographie ? Quelle est la part de « vrai » et celle de l’imagination ? Quelle est la part d’implication réelle de Philip Roth, l’écrivain, dans cette histoire ? Autant de questions auxquelles Philip Roth répond de temps à autre en s’interrogeant sur le statut de l’écrivain : imposteur (comme Pipik), témoin, mais quelle est sa part de subjectivité, d’objectivité ?

En tout cas c’est l’occasion d’une thématique autour de l’identité juive en passant par l’Histoire, de la plus ancienne à la plus récente, avec le stéréotype construit par les Européens et incarné par Shylock, le vieil usurier juif sordide et méprisable du Marchand de Venise. Et puis l’holocauste bien sûr, qui hante toujours les générations engendrées par les survivants et Israël, cet Etat « artificiel »qui leur a été donné au détriment des Palestiniens en 1948 et qui génère plus de peur, de repli, de défense violente que de bonheur serein avec l’omniprésence du Mossad qui veille partout dans le monde et par tous les moyens à la sécurité et à la pérennité d’Israël …

 

Roman très dense et très long, où finalement il y a peu d’action, peu de dialogues et beaucoup de très longs monologues pour évoquer des considérations de fond … sur la condition juive passée et actuelle …

Intéressant mais très long à mon goût, un peu démotivant même si le « vrai » Philip Roth livre beaucoup de lui-même me semble t-il.

 

L'auteur est né en 1933 à Newark dans le New Jersey (USA) et il est descendant de juifs de Galicie émigrés aux USA au début du 20ème siècle. Il est qualifié d'« enfant terrible » du roman juif américain suite à « Portnoy et son complexe » et est considéré comme le maître de l’autofiction contemporaine.

Présenté par Marie-Annick D.