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Il s’agit d’un conte ou d’un mauvais rêve.

Cela se passe dans un pays totalitaire, l’Abistant, où tout est réglé par une religion étouffante. Le dieu est Yolah, l’Abistan est conduit par Abi, le délégué de Yolah sur terre. Il y a un livre saint, le Gkabul. Aucune liberté, une surveillance constante, les prières neuf fois par jour, la délation encouragée, l'armée, la guerre, les gens ne pensent pas, ils n’ont pas le droit de se déplacer, sauf pour des pèlerinages, à condition d’être inscrits longtemps à l’avance.

Au début du livre le personnage principal, Ati, est dans un sanatorium, dans le désert. Il est dans un dénuement immense, très désoeuvré. Petit à petit, il lui vient des idées et des doutes : pourquoi y a-t-il une frontière ? Des vestiges d’une autre civilisation ?

 

Nous nous sentons concernés par cette peinture très précise d’un monde dominé par le fanatisme. Très intéressantes également les remarques sur l’abilan, la langue imposée en Abistant, qui comporte peu de mots, utilisés de façon répétitive. Une langue aussi pauvre supprime la pensée individuelle. Quand Ati découvre que le Gkabul, le livre saint, est la déformation d’un autre livre écrit dans une langue très ciselée, « belle, riche, suggestive », on sent l’émotion de Boualem Sansal.

J’ai trouvé ce roman d’une précision saisissante, peut-être un peu trop dense et long. Si le personnage Ati avait eu un véritable caractère, une épaisseur, le roman aurait été plus animé.

 

Boualem Sansal, né en 1949, est un écrivain algérien. Il vit en Algérie. Il est censuré dans son pays.

Présenté par Claude T.

Lu aussi par Claudine T. : voir son avis.

Lu aussi par Pamela V. mais non chroniqué (à mettre en parallèle avec un article du journal Le Monde sur l'auteur). Les expériences réelles de l'auteur Boualem Sansal rejoignent et confirment ce qui est dit dans le roman de Yasmina Khadra, Qu'attendent les singes.