Quattendentlessinges

J'avais déjà lu « Ce que le jour doit à la nuit » de cet auteur et j'avais beaucoup aimé donc j'ai choisi un autre roman, « Qu'attendent les singes », que j'ai trouvé très bien et qui m'a beaucoup plu.

 

L'histoire se passe de nos jours à Alger et dans ses environs.

Sous le couvert d'un polar très prenant, l'auteur dépeint un tableau peu flatteur de l'Algérie actuelle. Son choix de personnage central est une sorte de provocation en soi pour cette société car c'est une femme commissaire de police, Nora Bilal, dans un monde d'hommes. Qui plus est, non seulement elle est femme mais elle est également lesbienne !

Dès la première page, on est plongé dans le polar avec la découverte, « par un matin splendide », du corps d'une jeune femme. Au cours de l'histoire, Nora et ses adjoints sont confrontés à une société contrôlée par les « rbobas », des hommes politiques tels que M. Hamerlaine, hommes sans conscience, qui se comportent comme des gangsters, certains depuis des décennies. Ils se barricadent dans de luxueuses villas en bord de mer, où ils convoquent leurs affidés, leurs complices, tel Ed Dayem, qui dirige un journal. Les paroles de la maitresse de Dayem sont très révélatrices car elle lui dit : « Beaucoup de nos dirigeants n'ont jamais ouvert un livre. Ils sont les miraculés d'un pays corrompu où on privilégie la médiocrité au dépens de la compétence. Sinon, comment expliquer que, malgré ses richesses inestimables, l'Algérie demeure pauvre en rêves et crapahute à la traine des nations. On n'a que le pays qu'on mérite, Eddie. ». Il y a aussi l'énorme contraste entre les cités, les bleds et les maisons des dirigeants, le tout sous fond de corruption généralisée.

Un des autres personnages est un ancien journaliste, Sid Ahmed, dont la femme a été assassinée dans le seul but de le détruire lui, qui écrivait trop de vérités. Il a tout abandonné et est devenu d'un grand pessimisme. Il n'arrête pas de dire « Qu'attendent les singes pour devenir des hommes ? ». On se demande quel est le sens de cette phrase, de ce titre. C'est peut-être que les singes se débrouilleraient mieux que les hommes ? Mais à la fin du roman, Sid Ahmed arrive à la conclusion que les singes ne voudraient même pas essayer de mettre de l'ordre dans le grand désordre créé par les hommes !

 

Quelques extraits :

« Ouais, soupire la commissaire, il y a des gens au dessus des lois. Ils vivent dans l'impunité totale et ils en ont conscience, ce qui renforce leur insolence. »

« A la cité des Lauriers Roses, les promesses électorales crèvent d'ennui et le rêve tire le diable par la queue. Les architectes n'avaient qu'une idée en tête : comment garder pour eux et pour les commis d'Etat 40% du budget alloué au projet. »

« Le pavillon 32 (la villa du rboba) est un joyau architectural. Elle est belle comme un rêve et ferait saliver n'importe quelle star d'Hollywood. »

(description d'un bled et ses environs) « Il dégouline d'ennui, les cinémas sont livrés aux rats et aux araignées, les jardins publics infestés de désoeuvrés shootés au crack synthétique. »

Présenté par Pamela V.

Lu aussi par Joëlle H. : voir son avis.